Un début magistral dans la romance historique. Une histoire romantique et douloureuse dans une langue fine et élégante.
J’ai lu - A&P - octobre 2009
Private arrangements - 2008
Résumé de l’éditeur :
Love has designs of its own.…
To all of London society, Lord and Lady Tremaine had the ideal arrangement : a marriage based on civility, courteousness, and freedom—by all accounts, a perfect marriage. The reason ? For the last ten years, husband and wife have resided on separate continents.
But once upon a time, things were quite different for the Tremaines….When Gigi Rowland first laid eyes on Camden Saybrook, the attraction was immediate and overwhelming. But what began in a spark of passion ended in betrayal the morning after their wedding—and now Gigi wants to be free to marry again. When Camden returns from America with an outrageous demand in exchange for her freedom, Gigi’s decision will have consequences she never imagined, as secrets are exposed, desire is rekindled—and one of London’s most admired couples must either fall in love all over again…or let each other go forever.
Avis de Callixta :
La dernière fois qu’un roman historique m’a autant plu, c’était lorsque j’avais découvert Elizabeth Hoyt. Dans un genre totalement différent, voici Sherry Thomas.
Son histoire, son style, la construction du livre, tout m’a enchantée.
Tout d’abord le thème choisi, hasardeux dans la romance, me paraît être à même de juger les qualités d’un auteur. Comme Laura Lee Guhrke dans The marriage bed ou Eloisa James dans Your wicked ways, Sherry Thomas s’est attaquée au difficile sujet de l’adultère, du mensonge dans les liens sacrés du mariage.
Gigi et Camden partagent une union qui « est un pacte avec le diable né dans le mensonge et scellé par le mépris ». Tout est dit. Sauf qu’il y a eu beaucoup d’amour aussi, non dit et non exprimé. Ils n’en ont pas eu le temps. Et ils sont tous deux très bien élevés et affichent une tranquille et très à la mode union : froide, détachée et respectueuse des règles.
Gigi est une riche héritière issue d’une famille roturière. Camden est l’archétype du noble désargenté. En cette Angleterre victorienne, c’est un sort commun chez les grands aristocrates : Camden est un futur duc. Très bien élevé, très intelligent, il est déjà cynique, très jeune. En effet, il sait qu’il devra trouver une riche épouse. Romantique et sans doute dans un acte de rébellion inconscient, il est tombé plus ou moins amoureux d’une jeune femme pauvre qui vit loin de l’Angleterre, Théodora.
Gigi ressemble par bien des points à Camden : elle aussi est cynique. Depuis ses quatorze ans, elle est assaillie de propositions de coureurs de dot ; non seulement, son héritage est attractif mais elle est très belle. Sa mère Victoria n’a de cesse de lui trouver le plus beau mariage possible. Un espoir se lève avec un jeune duc, le cousin de Camden qui se tue assez stupidement. Camden hérite de son cousin et est séduit par Gigi.
Tout semble aller pour le mieux, sauf que Camden a promis le mariage à Théodora. Il fait la seule chose honorable pour un gentleman : il décide de tirer un trait sur Gigi. Celle-ci va alors faire l’erreur de sa vie : persuadée qu’elle est la femme qu’il faut à Camden, elle le convainc que Théodora se prépare à un autre mariage. Elle obtient ainsi trois semaines de bonheur qui éclatent avec la vérité.
Le roman est très bien construit. On suit trois intrigues : celle de Camden et Gigi encore très jeunes. Elle a dix huit ans et lui vingt et un. Ils s’aiment, se découvrent, se tournent autour et finissent par se faire beaucoup de mal. Puis il y a Camden et Gigi dix ans plus tard, lorsque Gigi a décidé de demander le divorce à son époux . Tous deux ont plus ou moins refait leur vie : ils ont eu des aventures et Gigi croît avoir trouvé l’homme qu’il lui faut. Et il y a , comme en bonus, l’aventure qui va unir Victoria, la mère de Gigi et son voisin pour qui elle avait des desseins particuliers !
Le style de Sherry Thomas convient très bien à cette histoire. Tour à tour, spirituelle et acérée, sa plume détruit en quelques mots une ambiance ou au contraire fait monter la tension. Elle sait amener des comparaisons qu’elle puise souvent dans la mythologie gréco-latine d’ailleurs.
Et surtout, elle crée une atmosphère douloureusement romantique. Pas de grandes effusions ni de torrents de larmes, ni cris , ni même de longues descriptions de scènes de sexe mais un mot, une phrase qui en dit bien plus long que n’importe quoi comme lorsqu’elle décrit la douleur de Gigi à une remarque de Camden ou lorsqu’on comprend la profondeur de leur amour réciproque lors d’une scène saisissante à Copenhague, celle des rendez-vous manqués.
Ce roman est un hymne à la seconde chance. Pas au pardon. Gigi a compris en dix ans qu’elle avait commis une erreur profonde. Elle sait pourquoi elle l’a fait, elle a expié pour cela. Elle n’a jamais eu sa seconde chance. La façon dont elle va l’obtenir, la dextérité avec laquelle Sherry Thomas l’amène à la gagner est enthousiasmante. Mais il n’y a pas de mièvrerie ni de prêchi-prêcha moralisateur dans cette histoire. Et Gigi est une vraie héroïne : imparfaite, courageuse, émouvante dans sa dignité et même ses égoïsmes. Elle a un petit côté Scarlett O’Hara pour son insupportable égocentrisme de jeune fille. Quant à Camden, il est de la trempe des grands héros : classe, loyauté, intelligence, beauté…rien ne lui manque !
Cette auteur va publier cet été un second ouvrage apparemment non lié à celui-là et pour une fois, il semblerait bien que nous puissions avoir rapidement une traduction en français. Espérons que l’originalité du style et l’intelligence seront préservées !
De plus, Sherry Thomas fait faire ses études à son héros en France à l’école polytechnique et semble bien connaître notre pays.
La romance historique a de beaux jours devant elle quand on lit des auteurs comme ça qui renouvellent les histoires avec panache et avec un réel talent d’écriture.
Elles sont rares ces romances qui commencent par la fin. Point de rencontres sulfureuses et de coup de foudre ici, nos protagonistes sont déjà bel et bien mariés. Et ce depuis dix ans. Lord et Lady Tremaine vivent séparément, Madame à Londres, Monsieur à New York, et ils sont plutôt heureux des milliers de kilomètres qui les séparent. Dans une société où le mariage de convenance est de mise, cela ne choque pas. En effet, en cette fin du 19ème siècle, l’ère industrielle bat son plein, et les "nouvaux riches" sont des roturiers qui travaillent de leur main. Il n’est pas étonnant donc que l’on cherche à marier sa fille à un aristocrate anglais (généralement ruiné), histoire de satisfaire un impérieux besoin de sang-bleu d’un côté et la nécéssité d’écouler les dettes familiales de l’autre. Un marché en plein essor en somme.
Mais Lady Tremaine n’est plus la jeune fille froide et calculatrice d’il y a dix ans. Elle aspire au bonheur conjugal, à l’amour, et souhaite fonder une famille avec son compagnon. Elle recontacte son mari qu’elle n’a pas vu depuis de nombreuses années et lui demande le divorce, faisant fi du scandale qui pourrait entacher sa réputation. Mais Lord Tremaine n’entend pas se laisser dicter sa conduite aussi facilement, elle doit lui donner un héritier en échange de sa liberté.
Derrière cette description plutôt froide du mariage se cachent des sentiments bien plus complexes. Nous n’avons pas seulement à faire à deux personnes qui se sont unies comme on règle un différent commercial, mais à deux êtres qui souffrent et se complaisent dans leurs ressentiments, ne s’autorisant que peu de répit. La violence de leur confrontation laisse souvent place à une douleur quasi pesante, révélant des blessures profondes que seules les âmes soeurs qui se perdent peuvent connaître. Tout n’est donc pas réglé entre eux et l’évidence de leurs sentiments se révèle peu à peu.
Bien que l’intrigue fasse la part belle à ce couple particulier, les personnages secondaires ne sont pas en reste et nous sommes spectateurs de leurs évolutions surprenantes et intéressantes.
Sherry Thomas nous livre ici une romance remarquable et atypique, dont le thème nous rappelle sans cesse la complexité des rapports conjugaux. Son style fluide et agréable fait qu’il est trés difficile de refermer ce livre avant la fin. Bref, en un mot comme en cent, c’est passionnant ...
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